Tu souffres? Respire. Positive. Avance. Voilà. C’est réglé.
Petit guide (pas très gentil) des phrases à éviter quand quelqu’un souffre.

Vous êtes en plein chagrin, en burn-out, ou au bord de l’explosion, ce n’est pas toujours facile d’en parler quand ça ne va pas mais vous tenter quand même de le faire… et là, une voix douce (ou pire, bienveillante) vous lance :
“Tu sais, tout arrive pour une raison.”
“C’est peut-être une leçon déguisée.”
“Allez, ça ira mieux demain !”
Voilà. Merci. Guéri (e). Transformation instantanée. On passe à autre chose. Merci quand même de m’avoir accordé 10 secondes de ton temps précieux. Je vais aller faire un jogging moi !
Soyons honnêtes deux minutes : ces phrases, bien que souvent dites dans le but d’aider… n’aident pas. Elles agacent. Elles minimisent et parfois même, elles culpabilisent. Et soyons encore plus honnêtes, nombreux sont ceux qui l’ont déjà fait au moins une fois. Oui, parce que se sentant mal à l’aise face au mal être de l’autre nous avons préféré une banalité plutôt que le silence et l’écoute. L’autre ne vient pas forcément nous demander de lui trouver une solution à son problème, à son mal être, il veut peut-être tout simplement que nous l’écoutions, il veut se sentir soutenu, entendu, moins seul.
Je sais, ces petites phrases partent souvent d’une bonne intention. Le souci ? Elles font plus de dégâts que de bien.
Dans cet article, on va passer en revue ces phrases “pansements vides” que beaucoup prononcent par réflexe — et ce qu’on pourrait peut-être dire à la place (ou ne pas dire du tout). Comme ça la prochaine fois qu’un ami viendra vous raconter ses problèmes vous saurez quoi dire sinon donnez-lui mon numéro ça marche aussi !
Spoiler : parfois, le silence accompagné d’une vraie présence, c’est tout ce dont on a besoin.
Et c’est parti mon kiki. Oui je sais ça fait beauf de dire ça mais qui a dit que je devais absoooolument être sophistiquée ?
1. “Allez, ça va passer.”
« Oh, merci. Je vais aller m’asseoir sur le bord du chemin et faire un petit signe de la main à mon mal être quand il va passer ».
· Ce qu’on entend : “Tu dramatises un peu, non ?”
· Ce que ça provoque : un sentiment d’incompréhension, et une envie de hurler dans un coussin.
À la place ?
“Tu veux m’en parler un peu ?”
Ou juste un regard sincère qui dit : je suis là, même si je ne sais pas quoi dire.
2. “Positive !”
« Ah mais c’était donc ça, un simple bug de mon optimisme »
· Ce qu’on entend : “C’est ta faute si tu ne vas pas bien.”
· Ce que ça provoque : de la culpabilité, et parfois… un rejet total du positif.
À la place ?
“Tu as le droit de te sentir comme ça.”
(Et ça, c’est déjà énorme.)
3. “Il y a pire que toi.”
« Ahhhhh ! Oui et alors ? Il y a mieux aussi et donc ? Ce n’est pas un concours de misère à ce que je chache… euh… sache »
· Ce qu’on entend : “T’as pas vraiment le droit de te plaindre.”
· Ce que ça provoque : isolement, honte, fermeture.
À la place ?
“Ce que tu vis a l’air vraiment difficile.”
(Validation = on se sent compris)
4. “Tout arrive pour une raison.”
« OK. Mais là, tout de suite, j’ai juste mal. On discutera de la leçon karmique plus tard si tu veux bien ».
· Ce qu’on entend : “C’est censé être utile, donc tais-toi et souffre en silence.”
· Ce que ça provoque : un bon vieux sentiment d’abandon.
À la place ?
« Je vois que tu souffres, il est temps de prendre soin de toi » .
5. “Sois fort(e).”
« Ah pardon, j’avais oublié de sortir mon costume de super-héros.
Tu veux que je pleure en cape ou en armure ? »
· Ce qu’on entend : “Cache ta vulnérabilité, ça met mal à l’aise.”
· Ce que ça provoque : une pression de plus… alors qu’on est déjà à bout.
À la place ?
“Tu n’as pas à porter ça seul(e).”
6. “Faut tourner la page.”
« OK. Et je fais comment quand le livre est en feu, que j’ai perdu la table des matières et que je suis coincée à la page “ça fait mal” ? »
· Ce qu’on entend : “T’as assez pleurniché, passe à autre chose.”
· Ce que ça provoque : de la honte… et la sensation d’être “en retard sur sa guérison”.
À la place ?
« Prends le temps de la guérison »
7. “Allez, sors un peu, ça te changera les idées.”
« Ah oui, bien sûr. Je vais aller déprimer en terrasse, ça sera plus stylé. »
· Ce qu’on entend : “Tu restes trop dans ta grotte, remue-toi !”
· Ce que ça provoque : encore plus de repli… et de culpabilité d’être “pas sociable”.
À la place ?
“Si t’as envie qu’on se voie, même pour ne rien faire, je suis là.”
8. “Tu te fais trop de films.”
« Oui, t’as raison et mon vrai problème c’est que je n’ai pas de popcorn »
· Ce qu’on entend : “T’es trop sensible, t’es parano »
· Ce que ça provoque : on se tait… mais les pensées, elles, continuent leur marathon.
À la place ?
“Tu veux qu’on en parle ensemble pour essayer d’y voir plus clair ?”
10. “Mais tu as tout pour être heureux(se) !”
« Oui, j’ai tout … sauf la paix intérieure, le sommeil réparateur et la sérénité mentale.
Mais bon, j’ai un aspirateur robot, c’est déjà ça ».
· Ce qu’on entend : “T’as pas le droit de te plaindre.”
· Ce que ça provoque : Une culpabilité (Encore elle).
À la place ?
Un simple : « Raconte-moi ».
11. “Tu te prends trop la tête.”
« Merci du diagnostic doc. Je vais de ce pas me faire une lobotomie maison à la petite cuillère ».
· Ce qu’on entend : “T’en fais trop, calme-toi.”
· Ce que ça provoque : un cocktail de solitude, de honte et cette impression d’être “trop”… encore une fois.
À la place ?
“Tu veux qu’on prenne le temps de démêler tout ça ensemble ?”
12. “Arrête de ressasser.”
« C’est vrai, je devrais me mettre à la poterie ou au tricot. Et sinon, y’a un mode avion pour le cerveau ? »
· Ce qu’on entend : “T’es bloqué(e), et franchement, c’est chiant.”
· Ce que ça provoque : encore plus de rumination (mais en silence), et cette sensation d’être incompris(e)… encore.
À la place ?
“Tu veux qu’on explore ce qui revient en boucle ? C’est peut-être pas pour rien.”
13. “Respire.”
« Ah bon ? Sérieux ? Attends, je note : fonction vitale numéro 1.
Merci, vraiment. Si t’as d’autres astuces de ouf, genre “cligne des yeux”, je suis preneur(euse).
Et dire que tu viens de me sauver avec un simple verbe du premier groupe…
Allez, c’est décidé, je vais acheter un Bescherelle. Peut-être qu’au chapitre « indicatif présent », je trouverai aussi la paix intérieure. »
· Ce qu’on entend : “Calme-toi, tu fais flipper.”
· Ce que ça provoque : Une montée de stress et de l’agacement.
À la place ?
« Je reste avec toi »
14. “C’est dans ta tête.”
« Et toi t’es dans mon salon, enlève tes chaussures.
Oui, c’est dans ma tête… pas dans mes pieds »
· Ce qu’on entend : “C’est pas réel. Tu l’inventes.”
· Ce que ça provoque : invalidation totale du mal être de l’autre.
À la place ?
“Tu veux m’expliquer ce que tu ressens ? Je suis tout ouïe.”
15. “T’as juste besoin de te reposer.”
« Ah, donc c’est une sieste mon problème ? Une sieste géante pour régler dix ans de trauma ? »
· Ce qu’on entend : “Tu dramatises, t’es juste fatigué(e).”
· Ce que ça provoque : envie de dormir, oui. Mais sur une autre planète.
À la place ?
“Tu veux me dire ce qui te fatigue autant en ce moment ?”
(Parce que parfois, ce n’est pas le corps qui est épuisé)
16. “Allez, bouge-toi un peu, ça ira mieux.”
« Oui, attends, je vais courir un 10 km avec ma dépression sur le dos et mon anxiété en brassard fluo. »
· Ce qu’on entend : “T’es mou/molle, fais un effort.”
· Ce que ça provoque : l’effet inverse. Merci.
À la place ?
“Je suis là si t’as besoin d’un coup de main, ou juste d’un coup de fil.”
Ca c’est sûr, cet article titille un peu. Il tape là où ça dérange. Peut-être qu’on vous a déjà dit ces phrases… ou vous les avez déjà prononcées, avec toute la bonne volonté du monde.
Pas de culpabilité à ajouter sur la pile. Ce n’est pas facile d’accueillir la souffrance mentale de l’autre (Good news, il y a des thérapeutes pour ça, vous avez mon numéro hein ? Au cas où: 0693 63 98 14 ).
Mais si on veut vraiment aider quelqu’un qui souffre, il faut parfois oser faire silence, écouter sans corriger, être là sans réparer.
Parce qu’entre un “allez, respire” et un vrai “je suis là avec toi”, il y a un monde et ce monde, c’est souvent celui qui sépare la solitude de la sécurité émotionnelle.
Alors la prochaine fois qu’une phrase automatique vous brûle les lèvres… et ça arrivera, pensez à cet article, respirez haha, et demandez-vous : est-ce que j’aide vraiment, là ? Ou est-ce que je cherche juste à me rassurer ? A me sortir de ce moment gênant ?
On peut apprendre. On peut faire mieux. Et surtout, on peut aimer quelqu’un… sans chercher à effacer ce qu’il ressent.
Allez, on ne va pas se fâcher pour un verbe du premier groupe sauf si c’est « minimiser », là on peut discuter. Pour ceux qui n’aurait pas capté, je parle de « respirer » Référence à tout à l’heure… ah fallait suivre !
Si vous voulez le dire malgré tout, sortez votre « respire » avec délicatesse, comme un sommelier qui sert un grand cru, pas comme un serveur qui balance la carafe.
Si cet article vous a fait lever les yeux au ciel, sourire jaune ou hocher la tête… partagez-le. On connaît tous un “bienveillant maladroit”, non ?
Et si vous avez besoin d’un espace où on vous écoute vraiment (sans pansements magiques, ni phrases toutes faites)… C’est justement mon métier. Les séances se passent en ligne, les jugements n’y ont pas leur place.
N’hésitez pas à laisser un commentaire. Pour ça faites défiler la page jusqu’en bas.

MERCi Yolaine pour cette eclairsicement toujours avec cette pointe d’humour si réconfortante , clair et valorisante ❤️ 😂
Merci beaucoup pour votre retour.
Si ces mots ont pu éclairer ou réconforter, alors l’article a rempli sa mission😊